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La compétition
pour la terre et les ressources naturelles, due à de multiples
et diverses pressions - pressions du marché, pressions environnementales,
démographiques et techniques1, est en augmentation dans de nombreuses
régions d'Afrique de l'Ouest. L'orientation croissante vers la
production marchande a engendré une augmentation de la demande
de terres de la part d'un groupe de nouveaux acteurs économiques,
et a entraîné un développement des transactions monétaires
sur la terre2.La croissance de la valeur de la terre et des autres ressources
naturelle produit souvent une restriction des modes d'accès à
la terre (qui peut y avoir accès et dans quelles conditions ?)
et une certaine exclusion des détenteurs secondaires ou temporaires
de droits3. De tels processus ont des conséquences majeures pour
la gestion des conflits entre les utilisateurs concurrentiels et les stratégies
nationales de lutte contre la pauvreté. La globalisation et la
pénétration croissante des forces du marché dans
de nombreux secteurs de la vie rurale d'Afrique de l'Ouest ont créé
une plus grande vulnérabilité des producteurs à la
politique macroéconomique (telle que la dévaluation) et
aux changements des prix sur le marché mondial (en particulier
pour les récoltes traditionnelles d'Afrique de l'Ouest comme le
coton, le café et le cacao).
| La compétition
pour la terre ne dépend pas uniquement de la densité
de la population4. Une compréhension plus complète des
changements relatifs aux problèmes fonciers exige une approche
de recherche multidisciplinaire approfondie, permettant d'effectuer
des comparaisons entre les pays et les différents sites. La
combinaison de l'anthropologie sociale et de l'économie institutionnelle
est d'une grande utilité dans l'étude des dynamiques
de la propriété foncière, de la société
et de l'économie. |
La terre et les ressources naturelles ne peuvent être uniquement considérées
comme des biens économiques car le contrôle de l'accès
à la terre est une dimension centrale des rapports sociaux et du
pouvoir local5. Les pressions exercées sur la terre sont aussi le
produit des processus sociaux au niveau local, au niveau des villages et
des ménages, avec une compétition croissante entre différents
membres de la même famille (femmes-hommes, personnes âgées-jeunes)
ou entre acteurs différents (migrants-gens du village, intérêts
urbains-ruraux), autour d'attentes sociales qui évoluent.
| Notre approche
permettra de comprendre la dynamique institutionnelle de l'accès
à la terre et aux ressources renouvelables dans le cadre d'une
analyse plus large des dynamiques sociales. |
Les liens entre les gens et la terre sont profondément ancrés
dans l'histoire, et doivent par conséquent être étudiés
sur une période de temps relativement longue6. Les gouvernements
ont souvent souhaité exercer leur autorité sur la terre, et
les mécanismes régulant sa répartition, par le biais
de mesures et d'institutions diverses. Ils ont voulu affirmer leur contrôle
sur une ressource stratégique, en vue de redistribuer à des
clients politiques et de récompenser la loyauté7. Les systèmes
coutumiers de gestion foncière ont interagi avec l'intervention de
l'État et produit des processus hybrides, par lesquels les populations
doivent négocier afin d'accéder à la terre. On ne peut
pas aujourd'hui séparer clairement entre des systèmes "
étatiques-modernes " et des mécanismes " traditionnels/coutumiers
". C'est une vision beaucoup trop simpliste des situations foncières
concrètes, qui masque la pluralité de normes et d'institutions
qui gouverne, en pratique, l'accès à la terre et aux ressources
naturelles. Dans certaines régions, les paysans font face à
une réelle insécurité quant aux droits fonciers dont
ils disposent, du fait de cette multiplication de normes et d'institutions.
Le processus de décentralisation administrative ajoute un niveau
de complexité supplémentaire, en créant de nouveaux
acteurs (les élus) et en leur donnant des pouvoirs sur l'allocation
de l'accès à certaines ressources.
| La recherche
se concentrera sur l'étude des institutions, des stratégies
et des moyens utilisés par les différents acteurs pour
accéder à la terre. |
Le statut et la gestion des ressources naturelles renouvelables ont fait
l'objet de multiples débats depuis les années 1960, suite
à la thèse de la Tragédie des Communs[Tragedy of the
Commons] qui a affirmé la nécessité de placer de telles
ressources sous la propriété privée8. La nouvelle économie
institutionnelle a encouragé l'idée selon laquelle l'attribution
de droits de gestion à un groupe communautaire clairement défini
permettait une gestion durable de ressources renouvelables, sans qu'une
privatisation soit nécessaire9. Cependant, des études supplémentaires
insistent sur la nécessité de clarifier le terme de "communauté"
et d'examiner les différences de pouvoirs et de capacités
de négociation des différents groupes d'utilisateurs au sein
d'une telle "communauté"10. Cette évolution dans
la manière de penser a démontré la nécessité
d'une vision plus différenciée des acteurs, des stratégies,
et du comportement collectif. Notre recherche se penchera tout particulièrement
sur les dynamiques institutionnelles des organisations responsables de la
gestion des ressources et sur leurs implications sociales et écologiques.
Elle étudiera également les moyens de renforcer des institutions
plus inclusives, qui reconnaissent la justification de formes multiples
et superposées d'utilisation des ressources.
Au cours des deux dernières décennies, presque tous les pays
d'Afrique subsaharienne ont entrepris de réformer, plus ou moins
fortement, leurs législations foncières, et les Etats d'Afrique
de l'Ouest n'ont pas fait exception à la règle. Les politiques
foncières se sont éloignées d'une vision unique centrée
sur le titre foncier11, pour une approche plus ouverte, qui reconnaît
le rôle potentiel des structures locales dans la gestion de l'accès
à la terre et aux ressources naturelles, et la régulation
des conflits fonciers. Cette approche pragmatique de la question foncière
reconnaît désormais la légitimité des droits
fonciers locaux mais ne s'appuie pas suffisamment sur les institutions et
les pratiques émergentes12. Pourtant, les acteurs locaux sont eux
aussi à la recherche de moyens divers pour assurer une meilleure
sécurité de leurs droits (par exemple un document écrit,
des procès verbaux13).
| Notre recherche
a pour but de renforcer cette voie pragmatique suivie par les décideurs
politiques en Afrique de l'Ouest, d'étudier les processus de
formulation des politiques et opérations dans le domaine du
foncier ainsi que leurs impacts sur le terrain. Elle analysera les
différentes options possibles pour renforcer les formes institutionnelles
hybrides actuellement en vigueur et leur efficacité.
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De nouvelles façons
d'aborder la politique14 mettent en évidence le rôle que le
gouvernement doit jouer dans la construction d'un large cadre d'action à
l'intérieur duquel les normes et les institutions peuvent être
adaptées aux circonstances locales15. Il existe en effet fréquemment
un fossé énorme entre ce que les gouvernements souhaiteraient
effectuer et ce qu'il se passe sur le terrain, du fait des pouvoirs limités
de l'État pour intervenir directement, aux effets contre-productifs
de certaines mesures, et au décalage qui peut exister entre les directives
politiques nationales et leur interprétation au niveau le plus bas.
Les débats qui insistent sur une plus grande flexibilité dans
la prise de décisions sur la terre mettent également l'accent
sur l'importance d'un rôle plus grand des acteurs locaux dans l'élaboration
des systèmes les mieux adaptés au cadre local. Les expériences
de formulation participative de politiques ne se sont pas uniquement centrées
sur l'élaboration de formes institutionnelles appropriées
pour la gestion foncière. Elles ont également permis, par
le biais de processus de consultation divers, de débattre au niveau
le plus bas et d'informer le niveau national. Dans tous les cas, le gouvernement
tend de plus en plus à reconnaître que la société
civile dans ses formes diverses, a un rôle important à jouer
dans les débats concernant les choix politiques.
| Notre programme
de recherche soutiendra l'établissement de groupes d'étude
participative [Participatory Learning Groups (PLG)] sur le terrain
dans chacun des quatre pays, afin d'identifier des moyens plus efficaces
pour lier les recherches effectuées avec les débats
politiques nationaux et locaux. |
Références
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